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Sculpter est une passion, et, si la vie m'en a éloignée pendant des années,  le travail de la pierre m'a toujours fascinée. J'aime son côté irréversible.  Il vous emmène quelquefois à changer de direction, à prendre des virages que l’on n’avait pas prévus, s'arrêter,  faire de longues pauses parfois, pour retrouver un souffle, une envie, poursuivre un autre objectif, même,  que celui que l'on s’était fixé,  et toujours, toujours, la Pierre vous oblige à l’humilité.  C'est un peu l'histoire de la vie.

Il arrive fréquemment qu'une idée naissante m'amène au choix d'une pierre, sa matière,  sa forme, sa couleur aussi; pourtant, le plus souvent, c'est la pierre qui fait naître l'esquisse. Et quand je m'installe devant elle avec mes outils, je dois avouer que bien souvent, le doute s'empare de moi.
Car, il faut bien le dire, lorsque, sous l'effet de la massette, volent les premiers éclats d'une pierre, on n'est plus sûr de rien. Elle vous force à vous départir de vos certitudes. Ce n'est souvent qu'après de longues heures de travail que survient l'instant magique, ce moment où elle semble avoir compris ce que vous attendez d'elle, cette symbiose troublante où l'on ne  fait plus qu’un dans le désir de créer.

Autodidacte, mon apprentissage s'est fait d'instinct, de ressenti. De patience en passion, la pierre m'a appris à révèler sa couleur, sa douceur. J'ai appris son odeur, son cri. La pierre chante parfois, sous l'effet des outils. J'ai appris son sens, sa veine, sa fibre. La pierre est vivante, elle me parle souvent de moi, mais ce qu'elle dit aux autres, parfois, je ne le sais pas...

 

                                                          Muriel BAILLOT